Quand ils sont venus chercher les communistes,
je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n'ai rien dit, je n'étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs,
je n'ai rien dit, je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
je n'ai rien dit, je n'étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher.
Et il ne restait personne pour protester...
Il meurt lentement
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.
Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.
Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l'habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu.
Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d'émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les coeurs blessés
Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu'il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n'a fui les conseils sensés.
Combien de temps...
Combien de temps encore
Des années, des jours, des heures, combien ?
Quand j'y pense, mon coeur bat si fort...
Mon pays c'est la vie.
Combien de temps...
Combien ?
Je l'aime tant, le temps qui reste...
Je veux rire, courir, pleurer, parler,
Et voir, et croire
Et boire, danser,
Crier, manger, nager, bondir, désobéir
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Voler, chanter, parti, repartir
Souffrir, aimer
Je l'aime tant le temps qui reste
Je ne sais plus où je suis né, ni quand
Je sais qu'il n'y a pas longtemps...
Et que mon pays c'est la vie
Je sais aussi que mon père disait :
Le temps c'est comme ton pain...
Gardes-en pour demain...
J'ai encore du pain
Encore du temps, mais combien ?
Je veux jouer encore...
Je veux rire des montagnes de rires,
Je veux pleurer des torrents de larmes,
Je veux boire des bateaux entiers de vin
De Bordeaux et d'Italie
Et danser, crier, voler, nager dans tous les océans
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Je veux chanter
Je veux parler jusqu'à la fin de ma voix...
Je l'aime tant le temps qui reste...
Combien de temps...
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je veux des histoires, des voyages...
J'ai tant de gens à voir, tant d'images..
Des enfants, des femmes, des grands hommes,
Des petits hommes, des marrants, des tristes,
Des très intelligents et des cons,
C'est drôle, les cons ça repose,
C'est comme le feuillage au milieu des roses...
Combien de temps...
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je m'en fous mon amour...
Quand l'orchestre s'arrêtera, je danserai encore...
Quand les avions ne voleront plus, je volerai tout seul...
Quand le temps s'arrêtera..
Je t'aimerai encore
Je ne sais pas où, je ne sais pas comment...
Mais je t'aimerai encore...
D'accord ?
Je n'ai pas de pays,
Mon pays, c'est la Terre.
Je n'ai pas de drapeau
Le ciel est assez beau.
Je n'ai pas de patrie!
Il arrive parfois chez nous
D'étranges voyageurs.
Les braves gens les disent fous,
Pauvres, et voleurs.
Comment passent-ils la frontière
Que gardent nos chiens et leurs chiens,
Et surtout que viennent-ils faire
Ici, sans papiers, sans rien?
Ils nous regardent et puis s'en vont.
L'un d'eux m'apprit cette chanson:
Je n'ai pas de pays,
Mon pays, c'est la Terre.
Je n'ai pas de drapeau
Le ciel est assez beau.
Je n'ai pas de patrie!
Il dit: "Je suis l'homme qui dort
En chacun d'entre vous.
Je marche en sachant que la mort
Nous suit partout.
Je vous ai croisés mille fois,
Toi et les tiens, sous d'autres cieux,
Même visage et même voix,
Et puis de l'or au fond des yeux!
Tu es le pire et le meilleur,
Quand je te vois, tu me fais peur!"
Je n'ai pas de pays,
Mon pays, c'est la Terre.
Je n'ai pas de drapeau
Le ciel est assez beau.
Je n'ai pas de patrie!
"Tout ce que vous avez bâti,
Vos murs et vos maisons,
Entre vous, ont jeté l'oubli,
La division".
Puis il s'est tu, s'en est allé,
Le printemps était encore loin,
La nuit montait de la forêt
Quand j'entendis hurler les chiens.
Que peuvent-ils contre celui
Qui chante cette chanson-ci?
Je n'ai pas de pays,
Mon pays, c'est la Terre.
Je n'ai pas de drapeau
Le ciel est assez beau.
Je n'ai pas de patrie!
de MICHEL BUHLER