Le Baiser par Raymond Devos
Pour donner un nom hors du commun à mon chien, je l'ai nommé «Baiser»
(comme pour un baiser mignon).
Ce fut une erreur, mais je ne l'ai remarqué que plus tard :
Lorsque après mon déménagement je me suis rendu à la municipalité
pour le faire enregistrer, je dis au percepteur que je venais payer la
taxe pour Baiser.
Il me répondit qu'il n'y avait pas encore de taxe à payer pour cela.
« Mais il s'agit d'un chien », lui répondis-je.
Il me répliqua que les relations sexuelles avec les animaux sont
interdites par la loi, mais que malgré cela, il n'y avait pas de taxe à payer.
« Vous ne comprenez pas », lui dis-je, « j'ai Baiser depuis que j'ai
neuf ans ».... Il me jeta dehors.
Pendant notre voyage de noces, le chien nous avait accompagnés.
Comme je ne voulais pas qu'il nous dérange, je demandai à la
réception de l'hà´tel une chambre supplémentaire pour Baiser.
La dame de service me répondit que toutes les chambres de l'hà´tel
étaient équipées à cet effet.
« Vous ne comprenez pas », lui dis-je, « Baiser m'empêche de dormir
toute la nuit ».
Mais elle me répondit qu'elle aussi, ça l'empêchait de dormir.
Une fois, je me rendis à un concours de beauté pour chiens, je
voulais y présenter Baiser.
Un gars à l'entrée me demanda la raison de ma présence au concours.
Je lui répondis que j'étais ici pour Baiser.
Il me suggéra de faire imprimer mes cartes d'entrées privées et de
les vendre.
Lorsque je lui demandai si le concours était télévisé, il me traita
de pervers.
Un jour, Baiser tomba malade et je dus le conduire chez le
vétérinaire.
Le lendemain, j'allai le reprendre.
-Lequel est-ce, me demanda la demoiselle en feuilletant dans ses
cartes
d'admission, Milou, Médor..ou Paf?
« Que diriez vous de Baiser », lui répondis-je, et je reçus une
gifle.
Le même jour, Baiser s'échappa et je le cherchai partout.
Je me rendis au refuge pour animaux pour le chercher.
Que voulez-vous ? Me demanda le gardien.
Baiser, lui répondis-je. Il était d'avis que ce n'était pas le bon
endroit pour baiser.
Je cherchai toute la nuit.
Vers 4 heures, un agent de police me demanda ce que je voulais en
pleine nuit dans ce quartier chic, lorsque je lui répondis que je voulais
seulement Baiser et rien d'autre, il m'embarqua.
Lors du divorce, ma femme et moi devions nous présenter devant le
juge pour le partage des biens.
Naturellement, je voulais à tout prix garder mon chien, je ne voulais
pas le lui laisser :
- « Votre Honneur, j'avais déjà Baiser avant le mariage ».
- Il répondit simplement :
« Et alors ? Moi aussi !